

L’autisme est un syndrome comportemental défini par un ensemble de troubles qui manifestent des altérations qualitatives du développement, des interactions sociales réciproques et de la communication verbale et non verbale, avec un répertoire restreint répétitif et stéréotypé des intérêts et des activités (1). C’est une maladie dont la prévalence a connu une augmentation rapide au cours des deux dernières décennies et dont l’étiologie demeure à ce jour inconnue. Une symptomatologie gastro-intestinale et une altération de la perméabilité intestinale ont été rapportées au cours de l’autisme (2, 3, 4). Le but de cette étude était de déterminer la fréquence
des troubles de la perméabilité intestinale par un test au lactitol- Mannitol dans une cohorte d’enfants autistes.
Patients et méthodes
Nous avons réalisé une étude prospective auprès d’une population d’enfants suivis au service de Pédopsychiatrie pour autisme infantile répondant aux critères du DSM IV (1). Seize enfants : 11 garçons et 5 filles, âge médian : 9,3 ± 4 ans [5,3- 21 ans], ont été inclus après accord parental. Ont été exclus de cette étude, les enfants ayant d’autres troubles envahissants du développement (syndrome d'Asperger, syndrome de Rett, trouble dés intégratif de l'enfance et troubles envahissant du développement non spécifié), ceux qui présentent une association avec une pathologie génétiquement reconnue, ceux ayant une pathologie digestive au premier plan ou en période de gastroentérite. La perméabilité intestinale a été étudiée par le test au lactitol/mannitol ou test de perméabilité intestinale (TPI). Après ingestion d’une solution hyperosmolaire de mannitol (M) et de lactitol (L), la concentration urinaire des deux marqueurs était dosée par la technique de chromatographie en phase gazeuse et ionisation de flamme. Le test est interprété par le rapport lactitol/mannitol (L/M). Ce rapport est chez le sujet normal proche de 2%. La comparaison des moyennes respectives des clairances du lactitol, du mannitol et du rapport L/M a utilisé le test de Student. Le seuil de signification p a été fixé à 5%.
Résultats
Sur les 16 enfants autistes, 12 présentaient des TPI normaux (75%) (Groupe 1) et quatre des TPI pathologiques (25%) (Groupe 2). Le taux moyen du rapport L/M, pour l’ensemble des patients, était de 4,1 ± 7,5. Chez les enfants ayant un TPI normal, le rapport L/M était normal avec un taux moyen de 1,76 ± 0,86 % (0,46- 3,02 %). Les clairances moyennes du lactitol et du mannitol étaient normales : 0,195 ± 0,148 % et 10,17 ± 3,99 % respectivement. Chez les enfants ayant un TPI pathologique, le rapport L /M moyen était de 11,12 ± 13,83 % (3,53- 31,83%).
La clairance moyenne du lactitol était de 0,691 ± 0, 466 %; celle du mannitol de 9,33 ± 3,53 %. La comparaison des moyennes des clairances du lactitol, du mannitol et du rapport L/M entre les groupes 1 et 2 a montré une différence significative entre les moyennes de la clairance du lactitol et du rapport L/M (p < 0,05). Les moyennes des clairances du mannitol n’étaient par contre pas statistiquement différentes. Les quatre enfants ayant un TPI pathologique ont bénéficié d’une fibroscopie digestive haute avec biopsies et d’une sérologie de la maladie coeliaque.
L’aspect endoscopique était normal pour les quatre enfants. Les biopsies intestinales ont montré la présence chez deux malades d’un discret infiltrat inflammatoire mononuclée au niveau du chorion. La sérologie de la maladie coeliaque était positive chez l’un d’eux avec présence d’anticorps anti-gliadine et d’anticorps anti-endomysium de type IgG.
Conclusion
Nous avons montré la présence, dans une cohorte d’enfants autistes tunisiens, d’une perturbation du TPI dans 25% des cas.
Ce résultat doit être vérifié par une étude sur une cohorte plus large et comparé à un groupe d’enfants témoins. Il n’existe à l’heure actuelle aucun élément indiquant que l’autisme soit associé aux maladies inflammatoires chroniques du tube digestif et sa coexistence avec la maladie coeliaque n’est que fortuite. D’autre part, la prévalence de l’allergie aux antigènes alimentaires semble comparable à celle de la populatio générale et les résultats les plus récents ne montrent pas d’altération
manifeste de la perméabilité intestinale.
- American psychiatric association: DSM IV: Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, 4e ed (Washington DC, 1995). Traduction française par J.D Guelfi et al, Paris, Masson 1996 : Trouble autistique, F84.0 [299.00], p 79-85.
- Kuddo T, Nelson KB. How common are gastrointestinal disorders in children with autism? Curr Opin Pediatr 2003; 15:339-43.
- Black C, Kaye JA, Jick H. Relation of childhood gastrointestinal disorders to autism: nested case-control study using data from the UK general practice research database. BMJ 2002; 325:419-21.
- D’Eufemia P, Celli M, Finocchiaro R et al. Abnormal intestinal permeability in children with autism. Acta Paediatr 1996; 85: 1076-79.





































