La tunisie Medicale - 2010 ; Vol 88 ( n°012 ) : 898 - 901
[ Vu 8547 fois ]
Résumé

Prérequis: L’infection urinaire (IU) est une pathologie fréquente aussi bien en communauté qu’à l’Hôpital.
But : Analyser le profil des germes isolés et leur sensibilité aux antibiotiques dans les infections urinaires chez la femme en Tunisie.
Méthodes : Pendant une période de 24 mois (1/1/2005 -31/12/2006), 4536 ECBU ont été analysés au laboratoire de Microbiologie de l’Hôpital Aziza Othmana de Tunis. Nous avons colligé rétrospectivement les souches non redondantes issues d’infections urinaires diagnostiquées chez la femme durant cette période.
Résultats : 495 cas d’IU ont été colligés durant cette période chez les femmes consultantes (67%) ou hospitalisées en Gynécologie obstétrique (23%). Les bactéries isolées étaient surtout les entérobactéries (90,4%), en particulier Escherichia Coli (71%).
L’étude de la sensibilité a montré, une fréquence élevée des résistances acquises concernant essentiellement l’amoxicilline(60,3% des E.coli, 72% des P.mirabilis) et le cotrimoxazole (29% des E.coli, 19,1% des K.pneumoniae, 21,4% des P.mirabilis sont résistants à l’amoxicilline). La résistance aux céphalosporines de troisième génération par production de bétalactamse à spectre étendu(BLSE) était présente chez un certain nombre d’entérobactéries (5 ,7% des K.pneumoniae et 1,8 des E.coli). Les aminosides gardent une bonne efficacité sur les entérobactéries (résistance à l’amikacine<14% et résistance à la
gentamicine<5%). L’ofloxacine garde une bonne action sur les isolats urinaires (résistance <14%).
Conclusion : L’épidémiologie bactérienne des IU chez la femme reste dominée par les entérobactéries. La résistance aux antibiotiques est élevée concernant notamment l’amoxicilline et le cotrimoxazole. Les aminosides et les fluoroquinolones demeurent les molécules les plus actives. Certes ces données orientent le praticien dans le choix d’une antibiothérapie de première intention, mais un antibiogramme s’avère toujours nécessaire pour vérifier l’efficacité du traitement initial et orienter un éventuel traitement secondaire. Une antibiothérapie raisonnée est recommandée afin de réserver certaines molécules aux souches multi résistantes.

Mots Clés
Article

L’infection urinaire (IU) est une pathologie fréquente, aussi bien en communauté qu’à l’Hôpital(1). Les microorganismes les plus fréquemment isolés au cours de ces infections sont les bacilles à Gram négatif avec en tête de liste Escherichia coli (2,3, 4,5). Les infections urinaires doivent faire l’objet d’une antibiothérapie adaptée afin d’éviter l’aggravation ou la rechute. Cependant une augmentation récente de la résistance aux antibiotiques des bactéries responsables d’infections urinaires a été observée (2). La connaissance de l’état actuel de la résistance aux antibiotiques des bactéries isolées dans les IU optimise le choix thérapeutique et par conséquent améliore le pronostic de ces infections.
Le but de notre travail est de préciser les germes responsables des infections urinaires chez la femme, leur sensibilité aux antibiotiques afin de mieux guider l’antibiothérapie de première intention.

MATERIEL ET METHODES

Le travail a porté sur les examens cytobactériologiques des urines(ECBU) pratiqués au laboratoire de Microbiologie de
L’Hôpital Aziza Othmana de Janvier 2005 à Décembre 2006.
Les urines proviennent de patientes hospitalisées au service de gynécologie obstétrique ou se présentant à la consultation de gynécologie, à la consultation prénatale et au dispensaire rattaché à l’Hôpital, durant cette période.

ETUDE BACTERIOLOGIQUE
Chaque urine a fait l’objet d’un examen cytobactériologique de routine comportant :
- Une uroculture avec dénombrement de germes (bactériurie)
- Un examen direct permettant d’apprécier la leucocyturie et les éléments figurés de l’urine (hématies, cristaux).
Le diagnostic biologique d’IU a été porté sur les critères de Kass(5) leucocyturie>104/ml + bactériurie>105 ufc/ml.
L’identification des bactéries a été faite sur les caractères culturaux, biochimiques (galeries Api 20 E, Api Staph).

ETUDE DE LA SENSIBILITE

Elle a été pratiquée selon la technique de diffusion en milieu gélosé et l’interprétation a été faite selon les normes du comité de l’antibiogramme de la Société Française de Microbiologie (6).

RESULTATS

Sur une période de 24 mois, 4536 examens cytobactériologiques sont parvenues au laboratoire de Microbiologie de L’Hôpital Aziza Othmana de Tunis. 495 cas d’infections urinaires ont été colligés chez les femmes consultantes (67%) ou hospitalisées en Gynécologie obstétrique (23%). 1-Répartition des espèces responsables d’IU diagnostiquées durant la période d’étude
L’étude bactériologique a montré la prédominance des entérobactéries (90,4%) en particulier Escherichia coli (71%), Klebsiella pneumoniae (11%) et Proteus mirabilis (5%). Staphylococcus saprophyticus vient en premier parmi les Cocci Gram positif isolés.
2- Résistance aux antibiotiques des germes isolés dans les IU durant la période d’étude.
L’étude de la sensibilité aux antibiotiques a montré, à côté des résistances naturelles une fréquence élevée des résistances acquises concernant surtout les bétalmactamines(60,3% des E.coli, 72% des P.mirabilis) et le cotrimoxazole(30,4% des E.coli, 19,1% des K.pneumoniae et 21,4% des P.mirabilis).
La résistance aux céphalosporines de troisième génération par production de BLSE était présente chez un certain nombre d’entérobactéries (6 ,7% des K.pneumoniae et 2,1% des E.coli).
Les aminosides gardent une bonne efficacité sur les entérobactéries (résistance à l’amikacine < 8% et résistance à la gentamicine<6%). L’ofloxacine garde une bonne action sur les isoltas urinaires. En effet la résistance à cette molécule demeure faible : 8,8% des E.coli, 0% des K.pneumoniae et 13,4% des P.mirabilis. La résistance aux nitrofuranes a concerné 4% des souches de E.coli et 14% des K.pneumoniae.
Concernant les Cocci Gram positif, les Staphylococcus saprophyticus sont tous sensibles à la methicilline, ofloxacine, cotrimoxazole et vancomycine.
Streptocoque B et Enterococcus faecalis sont également très sensible à la plupart des antibiotiques testés, ces germes présentent toutefois une résistance naturelle basse niveau aux aminosides et également une résistance naturelle aux fluoroquinolones et au triméthoprime (6).

Tableau 1 : Répartition des espèces isolées dans les IU durant la période d’étude



Tableau 2 : Pourcentage de résistance aux antibiotiques des principales bactéries isolées dans les IU pendant la période d’étude



DISCUSSION

Dans notre étude, la majorité des IU concernent les femmes consultantes (67%), l’IU étant une des infections bactériennes communautaires les plus fréquentes (3), tout particulièrement chez la femme. Ceci est du à des facteurs favorisant spécifiques: urètre court, grossesse.
L’épidémiologie bactérienne des IU se caractérise par la prédominance des entérobactéries aussi bien dans notre série que dans la littérature (1, 2, 3, 4, 7, 8). Ceci s’explique par le mécanisme physiopathologique de l’IU, survenant essentiellement par voie ascendante, la flore fécale est la source habituelle des germes responsables de cette infection.
Les germes uropathogènes provenant de la flore fécale colonisent le vagin proximal entrent dans l’urètre et la vessie et stimulent la réponse de l’hôte. La migration des microorganismes vers la vessie est facilitée par certains facteurs dont notamment les rapports sexuels, ces derniers constituent le principal facteur de risque au développement d’IU non compliquée chez la femme. Le recours à des méthodes de contraception par spermicide notamment des diaphragmes avec spermicides constitue un facteur de risque supplémentaire d’IU en modifiant l’environnement microbien local et en favorisant une colonisation par des agents uropathogènes (9).
A l’instar d’autres études de par le monde (2, 7, 8), E.coli domine l’étiologie des IU avec une fréquence de 71% dans notre étude. Le déterminisme majeur de l’uropathogénicité d’E.coli est la présence d’adhésines essentiellement fimbriales assurant la fixation bactérienne aux cellules uroépithéliales par l’intermédiaire de récepteurs spécifiques (7). K.pneumoniae et P.mirabilis viennent en deuxième position dans les IU, aussi bien dans notre série que dans d’autres études (3, 4, 7).Klebsiella et Proteus sécrètent une uréase qui alcalinise l’urine dont le pH naturellement acide empêche la prolifération de germe(7). Parmi les Cocci à Gram positif, S.saprophyticus est l’espèce la plus fréquemment responsable d’infection urinaire chez la jeune femme.
L’étude de la sensibilité des entérobactéries aux bétalactamines montre des taux de résistance élevés notamment pour l’amoxicilline (59,7% des E.coli et 72% des P.mirabilis).
Ces taux sont comparables à ceux rapportés par d’autres auteurs (4, 7, 10).
La résistance aux céphalosporines de troisième génération (C3G) par production de BLSE a concerné surtout K.pneumoniae (5,7% des souches) et 1,8% des E.coli. Cette résistance n’est plus l’apanage de souches contractées uniquement en milieu hospitalier, on assiste actuellement de plus en plus à une diffusion communautaire de ce phénomène (11, 12).Cette situation générale est la conséquence de la pression de sélection due au large usage de bétalactamines. De plus ces résistances acquises du fait de leur déterminisme plasmidique ont un grand pouvoir de dissémination.
Les aminosides gardent une bonne activité aussi bien dans notre étude que dans d’autres séries (3, 10, 13).
Concernant les fluoroquinolones (FQ), la résistance de E.coli a concerné 8,8 % des isolats, ce taux est plus marqué que dans deux autres études tunisiennes qui rapportent un taux de 0,3% à 0,8% (3, 7).Par ailleurs, une étude française (14) rapporte une augmentation de la résistance aux fluoroquinolones chez E.coli
(7,1% en 2000 versus 14% en 2005). Le principal facteur de risque incriminé dans cette augmentation de résistance est la consommation croissante des FQ, ces molécules sont de plus en plus prescrites dans les IU ; ces auteurs recommandent au terme de leur étude de restreindre l’usage des FQ dans les IU. En effet la pression de sélection antibiotique des FQ a en plus de son impact néfaste à l’échelle du patient, un retentissement sur l’écologie microbienne de l’hôpital. Ceci pourrait réduire la grande efficacité des FQ dans des infections où leur rôle est peut être plus intéressant que dans l’IU non compliquée. Les FQ ont un spectre d’activité large et sont parfois incontournables par exemple pour traiter les infections à germes intracellulaires, il est donc capital de chercher à les préserver (14, 15).
Actuellement certains auteurs recommandent l’usage d’anciennes molécules (furanes, fosfomycine) dans le traitement des IU. En effet ces molécules possèdent l’avantage de n’avoir aucun mécanisme de résistance croisée avec les autres familles d’antibiotiques.
Donc la sélection d’une souche résistante sous traitement par les furanes ou la fosfomycine ne grève en rien le choix d’une alternative utilisant une autre famille d’antibiotiques à bonne diffusion urinaire (13, 14, 16, 17).

CONCLUSION

L’épidémiologie bactérienne des IU n’a pas beaucoup changé au cours de ces dernières années, elle reste dominée par les entérobactéries. Toutefois, le niveau de résistance aux antibiotiques devient plus élevé atteignant des taux inquiétants pour certains d’entre eux, notamment l’amoxicilline et le cotrimoxazole. Les céphalosporines de troisième génération et les aminosides demeurent les molécules les plus actives.
Les fluoroquinolones gardent également une bonne activité, mais il est prudent de ne pas utiliser excessivement ces molécules, afin de diminuer la pression de sélection.
Certes ces données orientent le praticien dans le choix d’une antibiothérapie de première intention mais un antibiogramme s’avère toujours nécessaire pour vérifier l’efficacité du traitement initial et orienter un éventuel traitement secondaire.
Une antibiothérapie raisonnée est alors recommandée fin de réserver certaines molécules aux souches multirésistantes.

Références
  • R Couracol, A Marmonier, Y Piemont. Les difficultés d’interprétation de l’examen cytobactériologique des urines. Revue Française des laboratoires 2005 ; 370 :21-25
  • Observatoire national de l’épidémiologie de la résistance des bactéries aux antibiotiques (ONERBA). Facteurs influençant sur la fréquence et sur le niveau de sensibilité aux antibiotiques des souches d’Escherichia coli et Proteus mirabilis isolées au cours des infections urinaires chez les patients ambulatoires. MMI 2000; 30 : 714-20.
  • K. Larabi, A. masmoudi , C. Fendri. Etude bactériologique et phénotypes de résistance des germes responsables d’infections urinaires dans un CHU de Tunis : à propos de 1930 cas. MMI 2003 ; 33 : 348-52.
  • K. Larabi. Epidémiologie des infections urinaires dans la région de Menzel Bourguiba : à propos de 933 cas. Tunis. Med 2001 ; 79 :242-6.
  • C Alvarez, B Pangon, P Allouch, JC Ghnassia. Infections urinaires : principaux aspects épidémiologiques, bactériologiques et cliniques. Feuil. Biol. 1992 ; 23 :15-24.
  • JC Soussy. Communiqué 2005. Comité de l’antibiogramme de la Soçiété Française de Microbiologie.
  • O Bouallègue, M Saidani, S Ben mohamed, R Mzoughi. Particularités bactériologiques des infections urinaires chez l’enfant dans la région de sousse, Tunisie. Tunis Med 2004; 82:742-6.
  • J Farrell, I Morrissey , D Rubeis, M Robbins, D Felminghan. A UK multicentre study of the antimicrobial susceptibility of bacterial pathogens causing urinary tract infection. J Infect 2003; 46: 94-10.
  • Infections urinaires. Nephrophus http://www.nephrophus.org
  • M Lemort, S Neuville, M Medus, P Gueudet, M Saada, E Lecaillon. Evolution comparée de la sensibilité de souches d’Escherichia coli isolées d’infections urinaires de patients consultants aux urgences et de patients hospitalisés en 2002 et 2004 à l’Hôpital de Perpignan. Patholo Biol (Paris) 2006; 54 :426-30.
  • A Mahamat, JP Lavigne, N Bouziges, J Daures, A Sotto. Profils de résistance des souches urinaires de Proteus mirabilis de 1999 à 2005 au CHU de Nîmes. Patholo Biol (Paris) 2006 ; 24 :1-6.
  • E Lecaillion, B Arnaud, P Guendent, N Delpech. Prévalence d’entérobactéries possédant une bétalactamase à spectre étendu chez les malades au moment de l’hospitalisation. Med. Mal. Infect 1993; 23: 431-3.
  • T. Muratani, T. Matsumoto. Urinary tract infection caused by fluoroquinolone and cephem resistant Enterobacteriaceae. Int J Antimicrob Agents 2006; 28:10-13
  • P. Honderlick, P. Cahen, J Gravisse, D. Vignon. Quelle sensibilité aux antibiotiques pour les bactéries responsables d’infections urinaires? Que penser de fosfomycine et nitrofuranes. Patholo Biol (Paris) 2006; 54 :462-6.
  • A cohen, E Lautenbach, Knashawn, D Linkin. Fluoroquinolone resistant Escherichia coli in the Long Term Care setting. Am J Med 2006; 119: 958-63.
  • P. Le Conte, D Elkharrat, G. Potel. Prise en charge des infections urinaires communautaires. Antibiotiques, journal des agents anti infectieux 2004 ; 4 :237-9.
  • E. Bergogne- Bérézin. Antibiothérapie des infections urinaires basses. Antibiotiques, journal des agents anti infectieux 2006 ; 1 :51-62
Espace membre
E-mail :
Mot passe :
Mémoriser Mot de passe oublié S'inscrire
Archives
2014
Janvier
Février
Mars
Avril
Mai
Juin
Juillet
Août
Septembre
Octobre
Novembre
Décembre
Mots-clés
Enfant traitement diagnostic Chirurgie Maladie de crohn Tunisie pronostic Cancer dépistage Coelioscopie Cancer du sein Ostéoporose mammographie prévention tuberculose
Newsletter
S'inscrire pour recevoir les newsletters
E-mail :
Partagez
Rejoignez-nous !