La tunisie Medicale - 2015 ; Vol 93 ( n°06 ) : 396-397
[ Vu 2965 fois ]
Article

Les patients ayant une déficience visuelle peuvent avoir des hallucinations visuelles complexes, une condition connue sous le nom syndrome de Charles Bonnet. L’indemnité psychiatrique est la règle(1,2). Sa prévalence varie de 10 à 15% (1). Les patients présentent habituellement une conscience du caractère irréel de leurs
expériences visuelles. Ces expériences sont souvent agréables mais peuvent parfois causer de la détresse (3). Ces hallucinations sont difficilement abordées par le patient et sa famille, bien qu’elles soient de signification bénigne.

OBSERVATION
Nous rapportons le cas de Mr A E âgé de 65 ans, marié et père de 3 enfants. Il n’a pas d’antécédents psychiatriques. Dans ses antécédents somatiques il avait un glaucome à angle fermé, une cataracte et une hypertension artérielle stabilisée. Il a été opéré de son oeil gauche pour cataracte, puis il a bénéficié d’une transplantation cornéenne. Il nous a été adressé par un ophtalmologue pour « délire hallucinatoire visuel » soit la vision d’étrangers qui descendent par les fenêtres. Il doutait de l’existence d’une conspiration impliquant un groupe de voisins qui lui veulent du mal. L’histoire de ses troubles remonte à 2 ans suite à sa transplantation cornéenne. Au début il s’agissait de visions simples, transitoires et non inquiétantes de fourmis et de perceptions lumineuses. Puis progressivement ces hallucinations se sont enrichies et devenues complexes avec la vision nocturne des voisins qui descendent par les fenêtres et récemment la
perception visuelle de ses parents décédés il ya plus que 20 ans se baladant dans sa maison. Au début il tenait secrètes ses visions par soucis d’être pris pour un fou. Mais leur répétition stéréotypée a entrainé une angoisse avec une insomnie et une déambulation nocturne. C’est à ce moment qu’il a rapporté ses symptômes à son fils ainé. Ce dernier l’a alors amené chez son ophtalmologue qui l’a adressé en psychiatrie. A l’entretien psychiatrique, nous avons relevé des symptômes dépressifs avec une humeur triste, un pessimisme, un discours pauvre, une notion de refus d’alimentation. Nous avons également noté une perplexité quant à ses visions « rassurez-moi docteur, je ne suis pas fou !!!, et ces gens qui sont chez moi, sont-ils réels ?». Il nous révèle également qu’il ressent qu’il va rejoindre ses parents décédés. L’examen psychiatrique a pu éliminer d’autres hallucinations, une confusion mentale et un syndrome démentiel. La tension artérielle a été de 14/9. Le score au Mini Mental Status Exam (MMSE) a été normal (28/30). Le scanner cérébral a montré une légère atrophie corticosouscorticalel’électroencéphalogramme a été sans particularités. Le bilan biologique (NFS, urée, glycémie, ionogramme sanguin, bilan hépatique) ont été normaux. La conduite thérapeutique a été de rassurer le patient, de lui expliquer qu’il s’agit d’hallucinations ne relevant pas de la folie, pouvant disparaitre sous traitement et de lui prescrire en ambulatoire 10mg
d’escitalopram et de 2mg de rispéridone. L’évolution à 8 mois a été marquée par une franche amélioration de son humeur avec
rétablissement de son sommeil et de son appétit cependant les hallucinations visuelles stéréotypées, bien que beaucoup mois fréquentes ont persisté, avec une diminution de la charge anxieuse et du vécu de persécution qui leurs sont associés. En se référant à la classification américaine DSM-IV-TR, ce tableau aurait pu évoquer un épisode dépressif majeur avec caractéristiques psychotiques. Cependant l’évolution chronologique des symptômes commençant par les hallucinations visuelles initialement élémentaires (proteidolies), puis plus complexes et élaborées (phanteidolies), et animées menant au « Syndrome de défilé » et finissant par
l’instauration d’un syndrome dépressif est en faveur d’une dépression secondaire aux hallucinations (4). De plus l’évolution sous chimiothérapie symptomatique associant De plus l’évolution sous chimiothérapie symptomatique associant antidépresseur et antipsychotique atypique qui a fait disparaître le syndrome dépressif et réduire les hallucinations sans les faire disparaître corrobore ce diagnostic.
Dans ce cas, ces hallucinations visuelles intermittentes, stéréotypées, avec absence d’adhésion totale et survenant chez un sujet âgé malvoyant sans altérations cognitives, ni neurologiques, relève du syndrome de Charles Bonnet primaire (2-5).

CONCLUSION
Le syndrome de Charles Bonnet est une cause souvent méconnue mais assez fréquente d’hallucinations visuelles complexes chez les malvoyants. Les médecins méconnaissent en général ce syndrome. Aussi les patients sont-ils souvent admis en institutions psychiatriques, souvent à la suite d’aggravation du tableau hallucinatoire ou encore de l’installation de complication dépressive, comme ça été le cas de notre patient. Les praticiens doivent donc demander à leurs patients âgés atteints d’une pathologie visuelle s’ils ont des hallucinations, les rassurer en insistant sur la non gravité de la maladie et son caractère non psychotique (4). Egalement il est impératif d’explorer les fonctions cognitives afin d’éliminer un processus dégénératif. Dans les cas les plus complexes il faudrait instaurer un traitement antipsychotique atypique en association avec un antidépresseur si une dépression est notée.

Références
  1. Rovner BW.The Charles Bonnet syndrome: a review of recent research. Curr Opin Ophthalmol 2006; 17: 275-7
  2. Ffytche DH. Visual hallucinations in eye disease. Curr Opin Neurol. 2009; 22:28-35.
  3. Menon GJ, Rahman I, Menon SJ, Dutton GN. Complex visual hallucinations in the visually impaired: the Charles BonnetSyndrome. Surv Ophthalmol. 2003; 48: 58-72.
  4. Hughes DF. Charles Bonnet syndrome: a literature review into diagnostic criteria, treatment and implications for nursing practice. J Psychiatr Ment Health Nurs. 2013; 20: 169-75.
  5. Bou Khalil R, Richa S. Psychiatric, psychological comorbidities of typical and atypical Charles-Bonnet syndrome. l’Encéphale 2011;37(6):473-80
Espace membre
E-mail :
Mot passe :
Mémoriser Mot de passe oublié S'inscrire
Archives
2018
Janvier
Février
Mars
Avril
Mai
Juin
Juillet
Août
Septembre
Octobre
Novembre
Décembre
Mots-clés
Enfant traitement pronostic Chirurgie diagnostic Tunisie Maladie de crohn Cancer Cancer du sein dépistage Coelioscopie Immunohistochimie tuberculose Ostéoporose prévention
Newsletter
S'inscrire pour recevoir les newsletters
E-mail :
Partagez
Rejoignez-nous !